Le champ de vie de Guennadi Ermakov

27/05/2020

Il fait pousser du blé depuis plus de 20 ans, fidèle aux conseils de son père. « La vie n'est pas une partie de plaisir » dit le proverbe. Vraiment ? Pourtant, pour certains, l'agriculture, c'est la vie. Guennadi Ermakov est de ceux-là.

LA FERME

Il a commencé en 1994 en créant son exploitation agricole privée, sa ferme. Avec pour tout bagage son diplôme d'ingénieur agronome, sa tête - ou plutôt son âme - et l'envie de travailler pour son propre compte. Vingt années se sont écoulées... Il a déjà oublié combien ce ne fut pas simple au début. Aujourd'hui, Guennadi Ermakov est un fermier accompli. « Une base solide s'est constituée progressivement au cours de ces vingt années. Nous avons déjà beaucoup de choses : appareils agricoles, entrepôts, stockage mécanisé... », liste Guennadi Fedorovitch. « Et aussi, il faut le souligner, une équipe forte et stable de neuf hommes fiables et 1900 hectares de terres arables, sur lesquelles un fermier peut travailler ».

Il ne cultive que du blé. Il a essayé de faire pousser de l'orge mais cette culture n'est pas rentable. La rotation traditionnelle des cultures utilise l'assolement triennal sur trois champs : culture du blé sur l'un, culture du blé sur l'autre, jachère sur le troisième. Cela signifie que, tous les deux ans, la terre se repose. Le matériel agricole est, en majorité, de fabrication russe et ancien. « On répare, on répare..., sourit le fermier. On essaie de le moderniser mais les possibilités sont réduites. Il y a quelques années, j'ai acheté une nouvelle moissonneuse-batteuse, russe elle-aussi. Je me suis procuré cet hiver une nouvelle semeuse. Il faut beaucoup d'argent pour du matériel étranger, l'entretien est trop coûteux et nous ne sommes pas bien riches. Nous ne cherchons pas à épater, nous vivons selon nos moyens. Nous devons recourir au crédit, ne serait-ce que parce que les cours du blé ne sont pas assez élevés. Je ne dis pas qu'ils sont bas mais qu'ils sont insuffisants. L'agriculteur ne demande jamais beaucoup. Normalement, le prix de vente du grain dépasse le coût des céréales. Il fait alors du profit. Dans le cas contraire, il a des pertes. Ces trois dernières années ont mis à mal les poches des fermiers. Cette année, le cours est acceptable, ce qui devrait permettre à certains de redresser la situation. »

Cette année, la surface cultivée par la ferme de Guennadi Ermakov a été de 1400 hectares. La moisson s'est faite dans de bonnes conditions et a pu être achevée avant la pluie, le 12 septembre. Les rendements obtenus ont été convenables. La teneur du blé en gluten a été assez élevée. Une partie de la récolte a déjà été traitée, l'autre est stockée dans les silos. Les champs ont été labourés [1] dans leur intégralité. Ce qui signifie que l'année agricole est close et que le 11 octobre, qui marque la Journée des Travailleurs de l'Agriculture et de l'Industrie Agroalimentairepeut être fêté avec le sentiment du devoir accompli. Encore faut-il s'occuper de la maison et de la famille...

Sa famille, précisément, Guennadi Ermakov la considère comme un refuge solide. Son épouse enseigne les mathématiques au lycée n°4 : « Elle me comprend et me soutient. C'est que c'est loin d'être toujours de tout repos dans notre affaire ! Nous avons deux enfants. Ma fille Nastia étudie en 9ème classe, mon fils Andreï en 7ème. Les enfants sont bien, disons, normaux ; ils étudient bien et obtiennent de bonnes notes. En fait, ils sont comme nous lorsque nous étions enfants. Nous avons construit nous-mêmes notre maison. J'ai ainsi accompli mon destin d'homme sur Terre: j'ai construit ma maison, j'ai donné naissance à un fils et j'ai planté plus d'un arbre », plaisante Guennadi Fedorovitch avant d'ajouter sérieusement : « Et je fais des affaires, je fais pousser du blé. Comme disait mon père, faire pousser du blé est une tâche difficile mais tout autant importante, noble et nécessaire. »

LE PÈRE

Fédor Lazarevitch a soutenu du mieux possible les débuts de son fils comme fermier et l'année 1994 est déjà loin maintenant. « C'était un père et un Homme, avec un H majuscule, courageux et droit » dit de lui son fils. « Il savait prévoir deux à trois coups d'avance. » C'est ce qu'il a enseigné à son fils. On peut dire que Fédor Ermakov aimait la terre, oui, il l'aimait. Mais il avait une autre qualité enviable : lorsqu'il entreprenait quelque chose, il se donnait les moyens de la mener à bon terme. Il a eu une vie difficile, surtout dans son enfance. Il est né, en 1936, à Kamen, dans une famille d'ouvriers. Son père est mort lorsqu'il avait six ans ; sa mère est morte sept ans après, en 1949, après avoir beaucoup souffert. Il a été mis à l'orphelinat de 1946 à 1949, après quoi il a vécu chez sa tante maternelle. Il est vite devenu adulte, a étudié pendant trois ans dans un institut d'agronomie puis fait son service militaire dans la marine. Démobilisé en 1958, il a travaillé comme secrétaire du Komsomol du kolkhoze « Mitchourine » de Zarechensk, comme assistant-comptable, tractoriste au sovkhoze « Octobre » et agronome aux sections « Pavlov » et « Octobre » de ce même sovkhoze. Il a été ensuite nommé agronome en chef et représentant du kolkhoze « Lénine ». De 1962 à 1982, il a été agronome en chef avec rang de vice-directeur d'une des plus grosses entreprises agricoles de la région de Kamen : le sovkhoze « Rybinsk ». En 1982, Fédor Lazarevitch Ermakov a été nommé de nouveau directeur du sovkhoze nouvellement formé de « Gonokhovski ». Depuis près de dix ans, on lui a confié la responsabilité de premier agronome et de premier chef adjoint au département de l'agriculture du district. Partout, il a travaillé avec le maximum d'énergie et avec toute son expérience. Il était l'unique homme du district de Kamen' qui reçut le titre honorifique d'Agronome émérite de la Fédération de Russie.

Guennadi Fedorovitch se souvient : « mon père a passé beaucoup de temps à travailler. Mais je ne dirais pas qu'il ait manqué d'attention pour sa famille. Même si c'était rare, nous partions ensemble en vacances dans l'Altaï ou à Almaty. C'était un homme exigeant mais juste. Je n'ai jamais entendu le moindre mot négatif envers lui de la part des gens avec qui il avait travaillé ou avec lesquels il était en relation. Il n'a pas particulièrement cherché à nous influencer sur le choix de notre métier, ma sœur et moi. Irina est médecin, moi je suis ingénieur. Il m'a surtout transmis sa connaissance et son expérience du travail de la terre. Il disait qu'il ne fallait pas seulement savoir prendre à la terre, mais il fallait aussi savoir lui communiquer sa force et son âme. Sans cela, le travail agricole est impensable ».

Fédor Lazarevitch Ermakov est décédé en mai 2012. Aujourd'hui, à l'aube du Jour des Travailleurs Agricoles, nous ne voulions pas seulement évoquer le fermier Guennadi Ermakov, mais aussi nous souvenir que, sur notre terre de Kamen, vécut et travailla son père, l'agronome honoré, meneur d'hommes exceptionnel, Fédor Ermakov.

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[1] NdT: En automne, pour les semailles du printemps.

Auteur: Nadejda Spessitseva.

Traduit du russe par Jonathan Favorel.

Source: « Поле жизни Геннадия Ермакова ».

Publié dans KAMENSKAÏA IZVESTIA le 10 octobre 2015.

Source Photo: Wikipédia.

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